
Australie<>Nouvelle-Zélande sans passeport papier : une promesse électorale en Arlésienne
Le Parti national néo-zélandais promet, s'il est reconduit au pouvoir lors des élections du 7 novembre 2026, de tester un parcours « sans passeport papier » entre l'Australie et la Nouvelle-Zélande avant la Coupe du monde de cricket T20 de 2028.
Il s'agit d'un engagement de campagne : aucun texte n'a été adopté, aucune date n'est fixée et aucun accord bilatéral ne le prévoit. Pour traverser la mer de Tasman, les règles actuelles restent les seules applicables.
Ce que propose le Parti national
L'annonce a été publiée le 1er octobre 2026 par le Parti national, la formation du Premier ministre Christopher Luxon, et portée par sa porte-parole pour le tourisme, Louise Upston. Le principe : un essai de « voyage fluide » réservé aux citoyens australiens et néo-zélandais qui circulent entre les deux pays.
Le parti décrit un parcours entièrement numérique. Le voyageur éligible transmettrait les données de son passeport et de son voyage avant le départ, remplirait sa déclaration d'arrivée néo-zélandaise en amont, puis verrait son identité et son éligibilité contrôlées numériquement. À l'arrivée, une file dédiée aux vols transtasmans serait ouverte dans quatre aéroports : Auckland, Wellington, Christchurch et Queenstown, en s'appuyant sur les eGates et la reconnaissance faciale déjà installées.
Selon le programme, cela signifierait « aucun passeport papier exigé à la porte d'embarquement », tout en conservant la possibilité pour les agents frontaliers d'intercepter un passager jugé à risque. Les voyageurs signalés pour un examen complémentaire sortiraient du circuit simplifié.
L'échéance visée est la Coupe du monde masculine de cricket T20, que l'Australie et la Nouvelle-Zélande coorganiseront, selon le parti, du 21 octobre au 19 novembre 2028. Le parti s'engage à lancer l'essai avant ce tournoi, sans en préciser ni la date de début ni la durée.
Une promesse de campagne, pas une mesure adoptée
Rien de tout cela n'a valeur de décision gouvernementale. Le texte émane du Parti national en tant que formation politique, en pleine campagne pour les législatives du 7 novembre 2026, dont la Commission électorale a fixé le calendrier. Sa mise en œuvre suppose deux conditions : que le parti conserve le pouvoir, puis qu'il obtienne l'accord de Canberra, puisque le programme parle lui-même de « travailler avec l'Australie ».
Côté gouvernemental, le dernier texte bilatéral ne mentionne aucun essai de ce type. La déclaration conjointe publiée après la rencontre des deux Premiers ministres le 6 juin 2026 rappelle que les Australiens et les Néo-Zélandais traversent la mer de Tasman « pour visiter, vivre, travailler et étudier » grâce au Trans-Tasman Travel Arrangement, et que les deux pays restent l'un pour l'autre le premier marché touristique. Elle ne contient ni calendrier ni engagement sur un parcours sans passeport.

En l'état, il n'existe donc ni circuit dédié ni inscription ouverte à un tel essai.
Le passeport ne disparaît pas pour autant
L'expression « sans passeport » prête à confusion. Dans le schéma décrit par le parti, le voyageur doit toujours détenir un passeport valide et en transmettre les données avant le départ. Ce qui disparaîtrait, c'est la présentation du document physique à certaines étapes du parcours en aéroport, remplacée par des justificatifs numériques sur smartphone et un contrôle biométrique.
Le périmètre annoncé est par ailleurs étroit : seuls les titulaires d'un passeport australien ou néo-zélandais seraient concernés. Les ressortissants de toute autre nationalité, y compris les résidents permanents de l'un des deux pays, n'entrent pas dans l'essai envisagé. Pour eux, rien ne changerait, même si la promesse se concrétisait.
Le programme précise aussi que les contrôles de biosécurité et de douane resteraient inchangés : mêmes déclarations à remplir, bagages susceptibles d'être inspectés, possibilité d'être orienté vers un agent.
Une piste déjà ouverte par les deux gouvernements
L'idée d'un voyage sans contact n'est pas née pendant la campagne. Lors de leur rencontre du 16 août 2024, les Premiers ministres australien et néo-zélandais ont approuvé les travaux du Trans-Tasman Seamless Travel Group, un groupe chargé de faciliter les déplacements entre les deux pays sans abaisser le niveau de sécurité aux frontières. Ils ont alors annoncé des étapes vers un « voyage sans contact », dans lequel les passagers pourraient s'appuyer sur des justificatifs numériques.
Deux chantiers concrets en sont sortis à l'époque : l'Australie testait pour la première fois une carte d'arrivée numérique, et la Nouvelle-Zélande modernisait ses eGates. Côté australien, cette carte numérique remplace progressivement le formulaire papier, une transition que nous détaillions en juillet 2026. Côté néo-zélandais, les douanes ont porté en octobre 2025 à 59 le nombre de pays et territoires dont les ressortissants peuvent utiliser les eGates, pour les voyageurs de plus de 10 ans munis d'un passeport électronique.
La promesse du Parti national reprend ce cadre et y ajoute une échéance. Elle ne crée pas, à ce stade, de nouvelle règle.
Ce qui s'applique aujourd'hui entre les deux pays
Les citoyens australiens qui voyagent avec un passeport australien n'ont besoin ni de visa ni d'autorisation de voyage électronique NZeTA pour entrer en Nouvelle-Zélande. Dans l'autre sens, un citoyen néo-zélandais a besoin d'un passeport néo-zélandais valide et reçoit à l'arrivée en Australie un visa de catégorie spéciale (Special Category visa), sans démarche préalable. Les résidents permanents néo-zélandais qui n'ont pas droit à ce visa doivent en demander un avant de partir.
Pour toutes les autres nationalités, chaque pays applique son propre régime : NZeTA ou visa pour la Nouvelle-Zélande, autorisation électronique ou visa pour l'Australie, selon le passeport. Le fait de résider dans l'un des deux pays ne dispense pas des formalités de l'autre, sauf dispositif spécifique, comme l'essai d'exemption de visa lancé en novembre 2025 pour les citoyens chinois voyageant depuis l'Australie, qui leur permet de demander une NZeTA à la place d'un visa visiteur.
Enfin, quelle que soit la nationalité, tout voyageur à destination de la Nouvelle-Zélande doit remplir la New Zealand Traveller Declaration. Elle est gratuite, se fait en ligne avant le départ ou dans l'application dédiée, et un formulaire papier reste disponible pour ceux qui ne peuvent pas la remplir en ligne. C'est précisément cette déclaration que le Parti national propose d'utiliser comme socle de son futur parcours numérique.
En tant que CEO de Visamundi, je me consacre à faciliter les déplacements internationaux en aidant nos clients à obtenir des visas dans le monde entier. En restant à l'avant-garde des réglementations en constante évolution, je veille à ce que notre agence soit un pilier de confiance dans le domaine des services de visa.
