
Combien de temps les autorités consulaires conservent-elles vos données ?
Quinze ans aux États-Unis, vingt-cinq ans en Nouvelle-Zélande, sans terme en Corée du Sud, trois ans seulement dans l'Union européenne. Nous avons lu les politiques de confidentialité officielles des principaux dispositifs d'ETA et d'e-Visa.
Remplir une demande d'autorisation électronique de voyage prend une dizaine de minutes. Les données que vous y laissez, elles, restent parfois quinze ans, vingt-cinq ans, ou sans terme du tout. Nous avons lu les politiques de confidentialité officielles des principaux dispositifs d'ETA et d'e-Visa que nous référençons, et les écarts sont considérables.
Personne ne conserve vos données aussi longtemps que la Corée du Sud
La politique de confidentialité du portail officiel du K-ETA, en vigueur depuis le 13 mars 2025, indique une durée de conservation qualifiée de « 준영구 », terme du droit administratif coréen qui signifie quasi permanent. Aucune date d'effacement n'est prévue. Le ministère de la Justice sud-coréen s'appuie sur l'article 7-3 de la loi sur le contrôle de l'immigration.
Ce point mérite d'autant plus d'attention que le formulaire coréen va loin. Outre l'état civil et le passeport, il demande votre profession, votre revenu mensuel, l'existence de connaissances en Corée, et propose de renseigner un compte de réseau social. La photo du visage et la copie du passeport suivent la même règle de conservation.
La politique reste silencieuse sur le sort des demandes refusées. La durée quasi permanente s'applique au fichier dans son ensemble, sans distinguer les autorisations accordées de celles qui ne l'ont pas été.

Aux États-Unis, un refus peut vous suivre indéfiniment
Le régime de l'ESTA est décrit dans un document public, le System of Records Notice DHS/CBP-009, publié au Federal Register le 27 juin 2019. Il fixe une conservation de quinze ans : trois ans en base active, puis douze ans en archive.
Deux nuances changent la portée de ce chiffre. D'abord, les données rattachées à un signalement répressif actif, ce qui inclut expressément les demandes d'ESTA refusées, restent accessibles aussi longtemps que dure l'activité répressive concernée. Autrement dit, sans terme fixé. Ensuite, si vous entrez effectivement sur le territoire, un enregistrement d'admission distinct est créé, et celui-ci se conserve soixante-quinze ans.
Le même document précise que les droits d'accès et de rectification ouverts par le Privacy Act sont expressément écartés pour les parties sensibles du système. Vous pouvez déposer une demande, mais l'administration n'est pas tenue d'y répondre sur ces éléments.
La Nouvelle-Zélande a doublé sa durée de conservation, rétroactivement
Une évaluation d'impact sur la vie privée approuvée le 7 décembre 2025 documente un changement passé largement inaperçu. Le service de renseignement néo-zélandais, qui dispose d'un accès direct à la base NZeTA, conserve désormais ces données vingt-cinq ans au lieu de dix.
Le document précise que la nouvelle durée s'applique aussi au stock existant : les données qui n'avaient pas encore atteint dix ans, et n'avaient donc pas été détruites, basculent sous le régime des vingt-cinq ans.
Un détail vaut d'être relevé. Cette durée figure dans un document technique destiné aux administrations. Elle n'apparaît pas dans la déclaration de confidentialité que consulte le voyageur au moment de sa demande.

L'Europe fait l'inverse, et ce n'est pas anodin
Le règlement (UE) 2018/1240, qui institue l'ETIAS, retient une logique opposée. Son article 54 prévoit que le dossier d'un voyageur autorisé est conservé le temps de validité de l'autorisation, soit trois ans au maximum, puis effacé automatiquement.
Le dossier d'un voyageur refusé se conserve cinq ans. Mais le texte ajoute un mécanisme rare : si le signalement qui avait motivé le refus disparaît des bases interrogées avant ce terme, le dossier doit être supprimé dans les sept jours. Le système vérifie cette condition de lui-même, à intervalles réguliers, et procède à l'effacement sans intervention humaine.
Le règlement permet une prolongation de trois ans, mais elle repose sur un consentement explicite du demandeur, révocable à tout moment. Un retrait entraîne l'effacement automatique du dossier. Le texte interdit par ailleurs, par principe, tout transfert de ces données vers un pays tiers, avec une exception étroite pour les interrogations Interpol.
Précision utile à l'heure où nous écrivons : ETIAS n'est pas encore en service. La Commission européenne annonce un démarrage au dernier trimestre 2026. À ne pas confondre avec le système Entrée/Sortie, pleinement opérationnel dans l'espace Schengen depuis le 10 avril 2026.
Le Royaume-Uni chiffre tout, l'Inde ne publie rien
La notice de confidentialité de l'ETA britannique, mise à jour le 13 novembre 2025, est la plus détaillée que nous ayons lue. Elle distingue chaque catégorie de données et lui associe une durée.
Biométrie faciale : trois ans, sauf motif de conservation plus longue
Données biographiques et personnelles : quinze ans après la dernière action sur le dossier
Service de vérification en ligne : trente minutes après la dernière activité
Journaux d'accès contenant l'adresse IP : trente jours
Application mobile : aucune donnée conservée après soumission réussie

Le résultat prend à contre-pied l'intuition courante : la photo de votre visage s'efface cinq fois plus vite que votre nom et votre numéro de passeport. Le Home Office précise aussi que la décision d'octroi est automatisée, les cas complexes ou défavorables étant repris par un agent.
À l'autre extrémité, le portail officiel de l'e-Visa indien ne publie aucune politique de confidentialité, alors qu'il annonce que les données biométriques du demandeur seront obligatoirement collectées à l'immigration à l'arrivée. Le constat porte sur l'information accessible au voyageur au point de collecte. D'autres documents existent peut-être ailleurs dans l'administration indienne, mais ils ne lui sont pas présentés au moment où il transmet ses données.
Nous n'avons pas pu établir la durée applicable à l'eTA canadienne ni à l'e-Visa turc, les portails concernés bloquant la consultation automatisée. Nous préférons le dire plutôt que d'avancer un chiffre.
Ce que vous pouvez faire concrètement
Trois réflexes utiles avant de remplir un formulaire d'autorisation électronique.
Lisez la politique de confidentialité du portail officiel avant de saisir vos données, en particulier les rubriques de conservation et de partage. Elle est parfois difficile à trouver, mais son absence est en soi une information.
Renseignez les champs facultatifs avec discernement. Le compte de réseau social demandé par certains dispositifs relève de cette catégorie, et il sera conservé aussi longtemps que le reste du dossier.
Sachez qu'exercer un droit n'est pas neutre partout. Dans le cas d'ETIAS, une demande de rectification portant sur une autorisation en cours de validité relance le traitement automatisé, ce qui peut conduire à un réexamen du dossier.
Ces règles évoluent, et rarement dans le sens du raccourcissement. Nous suivons également la fiabilité technique de ces mêmes portails, dont nous avons publié un baromètre de disponibilité.
En tant que CEO de Visamundi, je me consacre à faciliter les déplacements internationaux en aidant nos clients à obtenir des visas dans le monde entier. En restant à l'avant-garde des réglementations en constante évolution, je veille à ce que notre agence soit un pilier de confiance dans le domaine des services de visa.
