
Guinée et Union européenne : plus d'entrées multiples des deux côtés
Depuis le 10 juillet 2026, les 27 États Schengen ne délivrent plus de visa à entrées multiples aux ressortissants guinéens, et le délai d'instruction passe de 15 à 45 jours. Conakry a annoncé le 24 juillet des mesures symétriques visant les ressortissants de l'Union européenne.
Si vous détenez un passeport guinéen ou si vous préparez un déplacement en Guinée, vos habitudes de demande changent des deux côtés.
Ce que la décision européenne suspend exactement
La décision d'exécution (UE) porte le numéro 2026/1733. Le Conseil l'a adoptée le 10 juillet 2026, elle a été publiée au Journal officiel le 15 juillet et s'applique à compter de sa notification. Elle ne suspend pas la délivrance des visas : elle suspend quatre facilités du code des visas européen, le règlement (CE) n° 810/2009.

Les 4 dispositions gelées sont précises :
Article 24, paragraphes 2 et 2 quater : la délivrance de visas à entrées multiples. Les demandeurs guinéens n'obtiennent plus que des visas à entrée unique, quel que soit leur historique de voyage.
Article 23, paragraphe 1 : le délai d'instruction de 15 jours calendaires. Il passe à 45 jours. La décision précise que la suspension écarte aussi la règle qui réservait cette prolongation à des cas particuliers, ce qui la rend applicable de façon générale.
Article 16, paragraphe 5, point b) : l'exemption facultative des droits de visa pour les titulaires d'un passeport diplomatique ou de service. Ces passeports paient désormais les frais.
Article 14, paragraphe 6 : la possibilité pour un consulat de dispenser certains demandeurs de produire tel ou tel justificatif. Le dossier complet est exigé.
Le motif invoqué relève de la coopération en matière de réadmission, sur le fondement de l'article 25 bis du code des visas. La décision reproche des délais et des obstacles dans l'identification des ressortissants guinéens, dans la délivrance des laissez-passer et dans l'organisation des opérations de retour.
Aucune date de fin n'est écrite dans le texte
La décision est qualifiée de temporaire, mais elle ne comporte ni terme, ni clause de rendez-vous automatique. Sa levée suppose une nouvelle décision du Conseil, elle-même conditionnée à une évaluation de la Commission concluant à une amélioration de la coopération.
Concrètement, personne ne peut aujourd'hui annoncer une date à laquelle les visas à entrées multiples reviendront pour les demandeurs guinéens. Un dossier déposé à l'automne se prépare avec les règles actuelles, pas dans l'attente d'un assouplissement.
Ce que Conakry a annoncé, et ce qui reste à formaliser
Le 24 juillet 2026, à l'issue d'une rencontre avec les ambassadeurs des États membres de l'UE, le ministre des Affaires étrangères, de l'Intégration africaine et des Guinéens établis à l'étranger, Dr Morissanda Kouyaté, a annoncé 3 mesures de réciprocité : suppression temporaire des visas à entrées multiples pour les ressortissants européens, application des frais de traitement aux titulaires de passeports diplomatiques et de service européens, et allongement des délais d'instruction. Le ministre a été reconduit dans ses fonctions lors du remaniement du 27 juillet, ce qui écarte l'hypothèse d'un changement de ligne lié à un changement de titulaire.
À la date de publication de cet article, ces mesures n'ont fait l'objet d'aucun texte publié sur les canaux officiels guinéens, et le portail e-visa gouvernemental n'affiche aucune modification correspondante. Elles sont donc annoncées politiquement, sans traduction réglementaire consultable. Nous les rapportons comme telles, et non comme un régime établi.
Demander un visa pour la Guinée aujourd'hui
Le portail officiel de la Police de l'air et des frontières reste le point de dépôt. Il propose des visas de tourisme à 100 USD 86,57 €, des visas de transit et de transbordement à 50 USD 43,28 €, et un visa de long séjour à 500 USD 432,84 €. La catégorie diplomatique et de courtoisie n'affiche pas de tarif public, ce qui est précisément la ligne que l'annonce du 24 juillet dit vouloir modifier pour les passeports européens.
Le portail ne publie pas de délai d'instruction. Après approbation, une lettre d'entrée est transmise par courriel, et le visa est apposé à l'arrivée. Puisque l'allongement des délais annoncé par Conakry n'est chiffré nulle part, la seule règle sûre consiste à déposer largement en amont plutôt qu'à se fier à un délai constaté lors d'un voyage précédent.
Un demandeur ivoirien, marocain, canadien, libanais ou vietnamien qui sollicite un visa guinéen n'entre pas dans le périmètre des mesures de réciprocité annoncées, même si son dossier passe par le même portail.
À l'inverse, la nationalité du passeport prime sur le lieu de résidence. Un ressortissant belge installé à Dakar relève de l'annonce guinéenne, alors qu'un résident de Bruxelles porteur d'un passeport non européen n'en relève pas. Le même raisonnement s'applique côté Schengen : la décision 2026/1733 vise les ressortissants guinéens, où qu'ils déposent leur demande.
L'engrenage de l'article 25 bis
La séquence guinéenne illustre un mécanisme rodé. L'article 25 bis lie explicitement la politique des visas à la coopération sur les retours : la Commission évalue chaque pays tiers, et le Conseil peut activer des restrictions graduées.
La Guinée n'est ni le premier ni le seul pays visé. La décision d'exécution (UE) 2024/1341 du 29 avril 2024 a suspendu à l'égard des ressortissants éthiopiens exactement les mêmes 4 dispositions, dans la même rédaction. La Gambie avait ouvert la série le 7 octobre 2021 avec la décision (UE) 2021/1781, elle aussi construite sur ce quatuor.
La leçon utile pour un demandeur guinéen tient dans cette répétition : le dispositif est standardisé, et le levier reste entre les mains des deux administrations. Il ne s'agit pas d'une sanction visant les voyageurs, mais d'un instrument de négociation sur la réadmission, dont la levée passera par un nouveau texte du Conseil.
La réponse guinéenne est de la même famille que d'autres ripostes africaines à des régimes jugés déséquilibrés, comme la refonte du régime de visas namibien décidée en 2024, qui invoquait déjà l'équité diplomatique. Le déséquilibre financier sous-jacent n'est pas nouveau non plus : nous l'avions documenté à propos des frais perdus sur les demandes Schengen refusées à des demandeurs africains, les frais restant acquis à l'administration même en cas de refus.
En tant que CEO de Visamundi, je me consacre à faciliter les déplacements internationaux en aidant nos clients à obtenir des visas dans le monde entier. En restant à l'avant-garde des réglementations en constante évolution, je veille à ce que notre agence soit un pilier de confiance dans le domaine des services de visa.
