L’opération militaire américaine ayant mené à la capture et l’exfiltration du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores a plongé les formalités de voyage vers et autour du Venezuela dans une zone sous tension.
Vols annulés en cascade, espace aérien verrouillé, passeports en sursis et consulats fantômes : voici l’analyse de la situation pour tous ceux qui avaient prévu de se rendre dans la région.
Le ciel vénézuélien : une “No-fly zone” de fait
Si vous aviez un billet pour Caracas cette semaine, vous ne partirez pas. La réaction des autorités de l’aviation civile mondiale a été immédiate et radicale, coupant le Venezuela du reste du monde par la voie des airs.
Le “blackout” aérien
Dès les premières heures suivant l’opération, la FAA (Federal Aviation Administration) américaine a émis une interdiction totale pour les transporteurs américains de pénétrer dans l’espace aérien vénézuélien (Maiquetía FIR), invoquant des risques sécuritaires majeurs. L’Europe a suivi le pas : l’EASA a publié le bulletin d’alerte CZIB 2026-01, recommandant aux compagnies européennes d’éviter impérativement cette zone en raison du risque d’erreurs d’identification par les défenses anti-aériennes.
L’hémorragie des vols commerciaux
Les conséquences sont concrètes pour les passagers :
- Air France a annulé ses rotations vers Caracas, impactant également par ricochet certaines liaisons vers les Antilles (Fort-de-France, Pointe-à-Pitre) qui ont dû être réajustées pour éviter la zone.
- Copa Airlines, hub vital pour les connexions via le Panama, a suspendu ses vols, laissant de nombreux passagers sans solution de repli.
- Iberia et les autres transporteurs espagnols ont également mis leurs appareils au sol concernant cette desserte.
L’effet domino dans les Caraïbes : cela dépasse le Venezuela. L’espace aérien étant contigu, des destinations touristiques majeures comme Aruba, Porto Rico ou Curaçao ont subi des centaines d’annulations ce week-end, les avions ne pouvant traverser les couloirs aériens sécurisés habituels.

Frontières terrestres : le piège se referme
Si le ciel est fermé, la terre n’est guère plus accueillante. Les frontières terrestres, historiquement poreuses mais conflictuelles, se sont transformées en zones militarisées.
- Côté Colombien : Le pont international Simón Bolívar, thermomètre des relations entre les deux pays, connaît une activité inhabituellement faible. Si la frontière n’est pas officiellement “murée”, la présence massive de troupes colombiennes déployées par le président Gustavo Petro et l’incertitude côté vénézuélien dissuadent tout passage.
- Côté Brésilien : Le Brésil a activé des plans d’urgence à sa frontière nord, anticipant des flux migratoires ou des débordements sécuritaires.
Notre conseil : Ne tentez sous aucun prétexte de franchir les frontières terrestres actuellement. Les “trochas” (sentiers illégaux) sont devenus des zones de danger de mort compte tenu de l’état d’alerte des forces armées résiduelles.
Les documents vénézuéliens sont-ils encore valides ?
La chute d’un chef d’État entraîne souvent un vide juridique sur la reconnaissance des documents officiels émis par son administration.
Le passeport vénézuélien : un document à géométrie variable
Pour les binationaux ou les ressortissants vénézuéliens résidant en Europe, la validité du passeport est un labyrinthe :
- Aux États-Unis : Les passeports vénézuéliens sont considérés valides 10 ans après leur date d’expiration imprimée, selon un décret reconnu par Washington.
- Au Panama : Un décret récent (n° 20) prolonge la validité des passeports expirés jusqu’en février 2026.
- Ailleurs (Europe/France) : Prudence absolue. En l’absence de consignes claires post-3 janvier, une compagnie aérienne pourra vous refuser l’embarquement avec un passeport périmé, même si le pays de destination avait par le passé des tolérances.
Visas américains : suspension totale
L’administration Trump, à peine l’opération terminée, a durci le ton. La Proclamation 10998 entrée en vigueur le 1er janvier 2026 suspend la délivrance de nombreux types de visas (B1/B2, F, J) pour les Vénézuéliens. Les ambassades étant fermées ou inopérantes, obtenir un visa pour les USA est aujourd’hui impossible.
Consulats : “Abonnés absents”
L’ambassade de France à Caracas a émis un message clair : restez chez vous. Les services consulaires ordinaires sont à l’arrêt. De même, ne comptez pas sur les consulats vénézuéliens à l’étranger (comme celui de la rue Copernic à Paris) pour des démarches urgentes : la loyauté de leur personnel envers le nouveau pouvoir (ou l’ancien) étant incertaine, tout document émis aujourd’hui pourrait être sans valeur demain.7–
| Assurances : la clause “Acte de guerre” C’est le point noir financier pour les voyageurs bloqués. La majorité des contrats d’assurance voyage contiennent une exclusion pour les “actes de guerre” ou les “hostilités”, déclarées ou non. Concrètement, si votre vol est annulé ou votre séjour interrompu à cause de cette intervention militaire, il est très probable que votre assurance refuse de vous indemniser, classant l’événement comme un cas de force majeure ou un fait de guerre. Seules les assurances avec l’option “Annulation pour toute cause” (CFAR) pourraient offrir une porte de sortie. |